Le docteur Ouri Milstein

Le docteur Ouri Milstein

 

 

 

 

 

Par le docteur Ouri Milstein,

traduction par Meïr Ben-Hayoun

Un exposé historique incontournable par l’historien militaire, le docteur Ouri Milstein, pour comprendre la genèse du conflit israélo-arabe et également les tensions et 

Deir Yassin imméditament après avoir été conquis

Deir Yassin imméditament après avoir été conquis

la configuration de la vie politique israélienne jusqu’à nos jours : comment  le mythe fondateur et mensonger de la  nation “palestinienne”, la Naqba, a été fourni “clé en main” par une intoxication procédant des luttes féroces de la gauche sioniste contre la droite sioniste pendant la Guerre d’Indépendance en 1948. MBH

Cela fait cinquante ans que j’effectue des recherches sur l’affaire Deir Yassin. J’ai publié deux livres en hébreu et un en anglais ainsi que des dizaines d’articles sur ce sujet. Ce n’est que dernièrement que j’en ai saisi la portée réelle: c’est le mythe du massacre de Deir Yassin qui, en enclenchant le phénomène des réfugiés palestiniens, a cristallisé les Arabes de la terre Israël en nation palestinienne. Ce phénomène a été engendré par un conflit entre Juifs; en quelque sorte, une réactualisation du thème tamudique: “Kamtsa et Bar Kamasta ont entrainé la chute de Jérusalem”[1]. Après la destruction de Jérusalem, Rabban Yohanan Ben Zakaï[2] a généré la mutation du peuple hébreu en peuple juif privé de territoire qui partit en exil, sa patrie devenant la synagogue.

Le livre du docteur Ouri Milstein sur la calomnie de Deir Yassin: "Le Livre noir"

Le livre du docteur Ouri Milstein sur la calomnie de Deir Yassin: “Le Livre noir”

L’évènement de Deir Yassin et la formation de la nation palestinienne constituent donc une péripétie on ne peut plus lourde de conséquences actuellement!!!!

Leur Auschwitz

Tout enfant arabe vous saura vous raconter que le 9 avril 1948, après les combats, les Juifs auraient massacré 254 enfants, personnes âgées, femmes et hommes dans la carrière proche de Deir Yassin à l’Ouest de Jérusalem. Aujourd’hui, s’y trouve l’hôpital psychiatrique Kfar Shaoul entouré par le quartier orthodoxe de Har Nof. La preuve apparemment irréfutable de ce massacre étant la demande d’excuse officielle du dirigeant David Ben-Gourion adressée au souverain hachémite de Transjordanie, le roi Abdallah, quarante-huit heures après les combats, et le témoignage de l’historien militaire israélien, le défunt colonel Meïr Païl[3], aux auteurs du livre sur l’histoire de la Haganah que j’ai dans mes archives. Païl a soutenu qu’au terme des combats: “..les Arabes ont été menés et exposés à Jérusalem dans une parade de victoire….. ensuite, ces captifs Arabes furent ramenés au village, puis massacrés dans la carrière toute proche.  Je les avais vus dans l’après-midi. Le massacre dura quelques heures. Aucun des commandants sur place n’éleva la voix contre ou ne fit quoi que ce soit pour l’empêcher…”

Ramassages des cadavres après les combats à Deir Yassin, on remarque les bottes des légionnaires jordaniens sur les cadavres.

Il s’avère donc que Deir Yassin est le second évènement second en importance dans l’histoire de l’Etat d’Israël après la Déclaration d’Indépendance, pas seulement d’un point de vue militaire, mais politique et culturel. Sans les évènements de Deir Yassin, on peut émettre des doutes quant à la possibilité de l’Etat d’Israël de voir le jour.  Et si, quand bien même l’Etat d’Israël avait été érigé sans Deir Yassin, la moitié de ses habitants auraient été arabes.

David Ben Gourion déclare l'Indépendance d'Israel le 14 mai 1948

David Ben Gourion déclare l’Indépendance  le 14 mai 1948

Deux effets dramatiques immédiats a eu ce supposé “massacre” de Deir Yassin:

  1. Après Deir Yassin, les Arabes d’Israël ont pratiquement cessé de combattre[4]. De crainte de se faire massacrer, ils se sont enfuis de la plupart des endroits investis par les troupes juives. C’est ainsi qu’est apparu le problème des réfugiés au cœur du conflit jusqu’à présent qui, toute solution. Quand l’Etat d’Israël a été déclaré cinq semaines plus tard (ndlt. Le 14 mai 1948) et que les armées arabes ont envahi la Terre d’Israël, elles n’ont pratiquement pas pu se faire aider par une cinquième colonne composée par les habitants arabes d’Israël.
  2. Les groupes armés dissidents comme l’Irgoun et le Lehi (groupe Stern) catalogués à droite furent accusés par la gauche juive du massacre de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Menahem Begin et son parti furent étiquetés jusqu’à nos jours d’assassins indignes d’accéder au pouvoir. Consécutivement, la gauche israélienne régna sans contestation sur l’Etat jusqu’au renversement des élections de 1977. Dans les milieux universitaires et de la culture, la gauche exerce son règne absolu jusqu’à aujourd’hui, tout du moins jusqu’à Myri Reguev[5] et Naphtali Bennett[6].
La "Naqba": les Arabes d'Eretz Israel partent pour les pays arabes pendant la Guerre d'Indépendance

La “Naqba”: les Arabes d’Eretz Israel partent pour les pays arabes pendant la Guerre d’Indépendance

L’effet le plus tangible fut l’apparition de la nation palestinienne qui, jusqu’à la Guerre d’Indépendance, ce qu’ils appellent leur “Naqba“, les “palestiniens” étaient les Arabes de la Terre d’Israël dépourvus d’identité nationale bien définie et non enclin à combattre pour elle. Une condition nécessaire à la définition d’une nation consiste à ce que ses membres soient prêts à se mettre en danger pour éliminer les menaces qui planent sur elle, et non à quelques intellectuels dissertant sur le nationalisme palestinien en plagiant les nationalismes occidentaux et sans que la majorité des Arabes d’Israël n’en soient conscients.  Aujourd’hui, les palestiniens sont une collectivité probablement la plus agressive au monde. Comment ce renversement a pu se produire? Il s’avère que le mythe national fondateur, c’est le “massacre” de Deir Yassin pour lequel il ne saurait y avoir de pardon ni d’expiation. En quelque sorte, leur Auschwitz.

Meïr Païl en jeune officier de Tsahal

Meïr Païl en jeune officier de Tsahal

La réalité est qu’il n’y a pas eu de massacre à Deir Yassin. Ce qu’il y a eu à Deir Yassin, ce sont des combats urbains et les tués le furent pendant les affrontements et en nombre nettement moindre que celui avancé par Meïr Païl. En temps réel, Shimon Monetta, un agent de la Haganah infiltré dans les rangs du Groupe Stern qui participa au combat, en rédigea un rapport. Ce rapport arriva jusqu’à David Ben-Gourion (voir ci-après). Il s’agit donc d’une fiction fabriquée de toute pièce, comme celle qui arriva cinquante-quatre ans plus tard lors des affrontements à Djénine pour l’Opération “Rempart”, à une différence près, les initiateurs de cette fiction de Deir Yassin étaient les dirigeants du yshouv[7] juif en 1948.

 Itzhak Rabin, jeune officier en compagnie du chef du Palmah; Ygal Alon en 1948

Itzhak Rabin, jeune officier en compagnie du chef du Palmah, Ygal Alon, en 1948

Est-ce que le Palmah[8] a perpétré le massacre?

Il faut retourner trois semaines en arrière, lors de la très difficile impasse pendant la guerre qui remettait en question l’édification même de l’Etat. L’échec militaire de la Haganah, principalement sur l’axe menant à Jérusalem commandé par Itzhak Rabin, ce qui incita les Etats-Unis à revoir leur résolution de soutenir la création de l’Etat d’Israël. Le délégué américain à l’ONU déposa au Conseil de sécurité une motion d’annulation de la Résolution de la partition du 29 novembre 1947. Rabin fut relevé de son commandement. A sa place fut affecté son subordonné Shaoul Yaffé. Le 31 mars 1948, suite à la défaite du convoi de Houlda, le commandant de cette troupe du Palmah, Yossef Tabenkin, fit un rapport mensonger au chef de la Direction nationale de la Haganah, Israël Galili[9]. Selon ce rapport, la route pour Jérusalem était bloquée par les Arabes. Galili fit remettre ce rapport à Ben-Gourion. Sans en vérifier la véracité, Ben-Gurion abandonna cette nuit-même la stratégie de modération qu’il avait adoptée jusque-là et ordonna sa première manœuvre offensive, prendre d’assaut l’axe pour Jérusalem dans l’Opération Nakhshon[10] et détruire tous les villages arabes entre Sha’ar Hagaï[11] et Jérusalem. Ces villages constituaient des bases de lancement d’attaques arabes sur les convois juifs d’approvisionnement de Jérusalem. La principale bataille de cette Opération prit place dans le village du Castel[12] surplombant la dernier tronçon de la route vers Jérusalem. Cette bataille dura huit jours et les Arabes eurent le dessus. Le 8 avril, ils prirent contrôle du village et firent subir aux Juifs de lourdes pertes.

L'emblême de l'Irgoun

L’emblème de l’Irgoun

Les forces de l’Irgoun et du Groupe Stern à Jérusalem furent alors sollicitées de participer aux combats par David Chaltiel[13], commandant de la Haganah du front de Jérusalem.  Il leur confia pour mission de prendre le village de Deir Yassin dominant l’entrée ouest de Jérusalem.  L’exécution: vendredi 9 avril 1948 où une troupe du Palmah reprit le contrôle du Castel sans combat. Il ne restait plus que Deir Yassin à maitriser. La Haganah procura des armes et des munitions en mauvais état aux hommes de l’Irgoun et du Groupe Stern. David Chaltiel fixa le point de commandement avancé près du village. Il ordonna également de mettre à la disposition de la Haganah un véhicule pour l’évacuation des blessés et autorisa une force du Palmah de se tenir prête en soutien pour la prise du village alors que les assaillants rencontraient quelques difficultés pour achever leur mission.

L'emblème du Lehi, Groupe Stern

L’emblème du Lehi, Groupe Stern

Certains chercheurs sont d’accord sur le fait que Meïr Païl a inventé de toute pièce l’histoire du massacre à la carrière. Toutefois, ils soutiennent que ce massacre a tout de même eu lieu, mais pendant la prise du village. Au demeurant, ils éludent le fait que l’une des forces principales lors de l’assaut sur Deir Yassin était du Palmah. Le déroulement de la bataille n’a évidemment pas fait l’objet d’une enquête sérieuse de leur part, si ce n’est par moi-même. Personne parmi les gens qui soutiennent qu’il y a eu massacre n’a la moindre idée de ce qui s’est réellement passé sur le terrain.

Meïr Païl deputé de la Knesset du parti Chelly de 1973 à 1980

Meïr Païl deputé de la Knesset du parti Chelly de 1973 à 1980

“Un rapport sioniste”

Parallèlement à toutes les péripéties susmentionnées, une commission composée de proches de David Ben-Gourion et de Menahem Begin acheva de longs pourparlers pour la fusion entre la Haganah et l’Irgoun en vue de la Déclaration d’Indépendance et, à contrario de milices armées politisées, de la création d’une armée nationale régulière unifiée, Tsahal, dans laquelle les chefs de l’Irgoun étaient censés être intégrés dans la hiérachie de commandement, également à des postes les plus élevés.

Itzhak Tabenkin

Itzhak Tabenkin

Meïr Yeari, le grand gourou du Mapam

Meïr Yeari, le gourou du Mapam

Cette éventualité n’était pas vue d’un bon œil par les chefs du parti de Gauche Mapam[14] qui tentèrent de la torpiller. Mapam avait été fondé trois semaines plus tôt comme opposition à gauche de Ben-Gourion. La plupart de ses membres étaient des camarades des kibboutzim des mouvements Hashomer Hatzaïr et  du “Kibboutz unifié” avec à leur tête Meïr Yeari[15] du kibboutz Merhavia et Itzhak Tabenkin[16] du kibboutz Ein Harod. Mapam controlait le Palmah. Le Mapam voulait que ses cadres prennent le contrôle de la future armée, Tsahal. Ils étaient censés endoctriner les futures promotions de jeunes recrues[17] afin de les faire voter Mapam aux élections générales, et ainsi, en obtenant la majorité des voix, prendre le pouvoir. En réponse, au début du mois de mars 1948 lors de l’assemblée générale du parti à Tel-Aviv, Tzvi Louria du kibboutz Ein Shemer, l’un de ses dirigeants, proclama: “Mapam s’oppose à ce que les postes clés au Gouvernement, dans l’armée, à la Défense, dans la politique interne, dans le Alyah et la Hityashvout[18] soient confisquées des forces prolétariennes progressistes. Nous exigerons notre part! Nous ne siègerons pas avec les fascistes!!”. Son camarade du mêmes kibboutz et du même parti déclara dans l’organe de presse du Mapam, Al hamishmar[19]: “nous nous soulèverons contre la trahison [de Ben-Gourion]”. En apparence, il y avait convergence d’intérêt entre Ben-Gourion et Begin, mais le dirigeant du Mapaï[20] était bien plus malicieux que le fondateur du Parti Herout (l’ancêtre du Likoud). Son plan consistait à écarter ses adversaires politiques selon la méthode “séparer pour mieux éliminer”: Menahem Begin se ferait anéantir politiquement par les gens du Mapam à l’aide de la calomnie de Deir Yassin et plus tard, de l’Altalena. Le Mapam serait à son tour neutralisé par le démantèlement du Palmah après la Guerre. C’était la stratégie politique de Ben-Gourion.

Deuil en première page pour la mort de Staline dans le quotidien Al Hamishmar en 1953

Deuil en première page pour la mort de Staline dans le quotidien Al Hamishmar en 1953

A Jérusalem, l’unité “Abraham” était active. Cette unité était une branche du Shaï[21], la parallèle de la section juive du Service de sécurité générale (Shabak) aujourd’hui. Le commandant était un homme de gauche, membre du Palmah, Meïr Païl. Le commandant de l’unité “Abraham” au niveau national était David Cohen du kibboutz Beth Alpha du Hashomer Hatzaïr. Païl fut chargé d’établir qu’il y avait eu massacre à Deir Yassin. Afin de renforcer ce rapport et le crédibiliser, il s’adressa à l’officier de Renseignement de Jérusalem Ouest, Mordehaï Guihon qui deviendra plus tard l’un des précurseurs du renseignement militaire et parmi les fondateurs des départements de recherche et d’enseignement d’histoire militaire et d’archéologie classique à l’Université de Tel-Aviv. Juste après la fin du combat à 14 heures, Mordehaï Guihon fut envoyé par son supérieur, Zalman Meret, pour faire un rapport sur ce qui s’y était passé. D’après le témoignage enregistré de Guihon, il n’avait pas vu de signe de persécution dans le village ni de massacre dans ses alentours. Il rédigea son rapport et le remit à ses supérieurs.

La Haganah

La Haganah

Comment cette histoire du massacre est-elle née?

Guihon: “le lendemain, le shabbat (samedi) du 10 avril 1948, Meïr Païl est venu me voir et m’a dit: “Motké[22], c’est quoi ce rapport que tu nous as pondu?! Rédige-nous un rapport plus ‘sioniste’ décrivant des actes de massacre et de barbarie pour nous aider à disqualifier l’Irgoun et le Groupe Stern.”

Menahem Begin prononçant un discours à la Knesset en 1973

Menahem Begin prononçant un discours à la Knesset en 1973

Guihon a rédigé un nouveau rapport inventé de toute pièce sur lequel Païl a fondé son compte-rendu à Israël Galili. Il déclara en 1991 dans une interview au quotidien Hadashot: “Le massacre a été perpétré par les hommes de l’Irgoun et du Groupe Stern. Deux-cent cinquante Arabes ont été tués, pour la plupart des enfants des femmes et des personnes âgées. Presque toutes les victimes ont été assassinées après la bataille”.

Amos Kenan

Amos Kenan

En 1996, l’écrivain radical de gauche Amos Kenan[23], qui dans sa jeunesse avait été paradoxalement membre du Groupe Stern et avait participé à cette bataille, déclara dans une interview accordée à Tsippi Shohat du quotidien Yediot aharonot: “Cette histoire du massacre est un mensonge absolu. Il n’y pas eu de massacre!” A la question pourquoi a-t-il gardé le mutisme tout au long de ces longues années, il répondit: “nier le massacre ne rendait pas service à mes options politiques actuelles[24]“.

Le Castel

Le Castel

“C’est un accord avec des assassins!!!”

Lors les affrontements sur le Castel (le 6 avril), les représentants du Comité exécutif sioniste du monde entier s’étaient réunis pour entériner deux résolutions critiques: primo, la passation des pouvoirs de la Direction de l’Agence juive au Directoire du peuple qui, après la Déclaration d’Indépendance (le 14 mai), deviendra le Gouvernement temporaire d’Israël. Secundo, la fusion entre la Haganah et l’Irgoun. Les gens du Mapam déployèrent tous leurs efforts pour compromettre cette fusion. Le vote fut repoussé au dernier jour. Al Hamishmar publia un article soutenant que lors de la prise de Deir Yassin, les hommes de l’Irgoun et du Groupe Stern avaient commis des pillages et des horreurs fascistes:”et encore une fois, il est avéré de façon flagrante que les organisations dissidentes constituent des métastases compromettant l’avenir du yshouv et ses composantes sionistes. La question est: si un accord fondé sur l’abdication face à des actes intolérables sera bénéfique pour l’affrontement décisif?”

Affiche de la Histradrout: "Construction , agriculture et défense"

Affiche de la Histradrout: “Construction , agriculture et défense”

En plénière du Comité exécutif sioniste, les délégués du Mapam tentèrent de faire reculer l’échéance du vote en mentionnant les “horreurs” de Deir Yassin. C’est ainsi qu’ils exercèrent des pressions sur les représentants hésitant à voter en faveur de cet accord. Le 13 avril à deux heures du matin, alors qu’il s’avérait qu’on ne pouvait plus remettre le vote à plus tard, un des membres du Comité exécutif représentant la Histadrout[25] pour le Mapam, Moshé Aram, s’exclama: “c’est un accord avec les assassins de Deir Yassin!!!!”. Le vote eu finalement lieu à cinq heures du matin et fut entériné à une majorité de 39 voix contre 32, quatre abstentions. Quelques heures plus tard, les délégués du judaïsme de l’étranger s’empressèrent à l’aéroport de Lod pour retourner dans leurs pays de résidence. En dépit du vote favorable, les chefs de la Haganah et de l’Irgoun n’appliquèrent pas cet accord, la méfiance étant encore trop grande.

David Ben Gourion

David Ben Gourion

Ben-Gourion refusa d’écouter

L’homme de la Haganah infiltré dans le Groupe Stern, Shimon Monetta, raconte: “quelques années plus tard, j’ai appris que le chef du Shaï Isser Beeri et un autre, Itzhak Rott, avaient obtenu le rapport que j’avais rédigé sur les évènements de Deir Yassin. Ben-Gourion savait la vérité. Dans les années 50, quand j’étais l’aide de Teddy Kollek pour les affaires arabes au Bureau du Premier ministre, Ben-Gourion m’a reçu pour une entrevue que j’avais demandée. Quand il a compris que je voulais lui parler des évènements de Deir Yassin, il n’a arrêté sur le champs. Je crois qu’il savait que j’allais lui raconter la vérité. Il voulait préserver cette image de marque des Juifs cruels en estimant que c’était son arme secrète ultime, un élément dissuasif. Selon moi, il a considéré que les publications sur Deir Yassin constituaient un arsenal psychologique lui octroyant un avantage politique décisif contre la droite. Meïr Païl et Menahem Begin n’ont pas répondu à mes demandes de les rencontrer sur ce sujet.”

Israel Galili

Israel Galili

Lévy contre Begin

Toutefois, les dommages de l’affaire Deir Yassin se firent ressentir pour la hasbara[26] à l’étranger. En vue de les neutraliser, le ministère des Affaires étrangères édita une brochure sur ce sujet le 16 mars 1969 pour l’emploi des représentants d’Israël à l’étranger.  C’était une tentative de démontrer que la plupart des publications à l’étranger sur Deir Yassin était fallacieuse. En 1971, le député de la Knesset Menahem Begin publia dans le Times londonien une réponse à un article accusateur à l’encontre de l’Irgoun. Begin mentionna la dite brochure du Ministère des Affaires étrangères. Itzhak Lévy, un ancien chef du Shaï  à Jérusalem qui avait prévu les attaques venant de Deir Yassin, dans une lettre adressée à Begin le mis en garde de “poursuivre à diffuser la version non officielle sur Deir Yassin au public israélien, ou alors, il faudra remettre l’affaire sur le plancher publiquement et la responsabilité vous en incombera”. Itzhak Lévy mit en copie de cette lettre le Premier ministre Golda Meïr, le ministre de la Défense Moshé Dayan, le ministre des Affaires étrangères Abba Eban ainsi que d’autres personnalités.  Onze jours plus tard dans une colonne dans le quotidien Maariv, Menahem Begin suggéra à Itzhak Lévy de publier sa version dans le Times. Le 18 avril 1971, six jours après qu’ Itzhak Lévy eut envoyé sa lettre à Menahem Begin, le Directeur général du ministère des Affaires étrangères, Guidon Raphael, écrit à Shaoul Avigour, l’homme tirant les ficelles du parti Mapaï: “en réponse à votre missive concernant Deir Yassin et sur le fait que le député Begin a exploité une brochure de notre ministère à ce propos, vous trouverez probablement intérêt au fait que j’ai enterré cette brochure et ai donné instruction de cesser d’en faire emploi.” Le 10 mai 1971, le ministre des Affaires étrangères Abba Eban informa dans une lettre officielle adressée au ministre Israël Galili que la brochure en question n’était rien d’autre qu’un papier ponctuel pour des nécessités ad hoc de hasbara à l’étranger: “Ce papier n’est plus utilisé et n’est plus considéré par personne au ministère des Affaires étrangères comme un document officiel”.

Emblème du Palmah

Emblème du Palmah

Meïr Païl, le père de la nation palestinienne

Dans cette calomnie propagée par la gauche juive à l’encontre de la droite juive à Deir Yassin, cinq semaines avant la Déclaration d’Indépendance, le leadership juif du yshouv a octroyé aux Arabes d’Eretz Israël leur mythe fondateur, le massacre de Deir Yassin (qui n’a pas eu lieu). Il constitue la base et le symbole sur lesquels repose l’argument de la Naqba (Shoah). La calomnie,  de Deir Yassin a donc été conçue par le colonel et docteur Meïr Païl sur ordre de ses supérieurs. Non seulement, Païl a été le concepteur de cette calomnie, mais de surcroit, il lui a consacrée une partie importante de sa vie pour l’entretenir. Il a fait cela non seulement dans les cours dans Tsahal dont il avait la responsabilité, notamment la formation des élèves officiers[27]. Par conséquent, autant que cela puisse paraitre paradoxal, un colonel juif de Tsahal est le père de la nation palestinienne(?!)

Cadavres dans les rues des camps de Sabra et Chatila après le massacre perpétré par les milicies chrétiennes maronites en septembre 1982

Cadavres amoncelés dans les rues des camps de Sabra et Chatila après le massacre perpétré par les milices chrétiennes maronites en septembre 1982

A ce mythe de Deir Yassin, s’ajoutent des évènements qui eux aussi ont connu un processus de mystification par Païl et ses comparses: la mort de plus de 60 Arabes dans le village de Kibiyeh en octobre 1953 par les combattants de l’Unité 101 et d’une compagnie de parachutistes sous les ordres d’Ariel Sharon; la mort de 47 Arabes à Kafr Kassem en octobre 1956 par une unité des gardes-frontières israéliens, le massacre de centaines de palestiniens par les milices chrétiennes dans les camps de Sabra et Chatila à Beyrouth en septembre 1982 quand Tsahal contrôlait la capitale libanaise.

Combattants du Palmah

Combattants du Palmah

Deir Yassin n’a pas seulement été le premier d’une série de “massacres” attribués à Israël, mais il se singularise ainsi: il provoqua directement la fuite de la majorité des Arabes qui habitaient dans les territoires où fut érigé l’Etat d’Israël. Le fait que les Arabes se sont enfuis de Jaffa, de Haïfa, de Tibériade avant-même que ne voit le jour l’Etat d’Israël (ndlt: le 14 mai 1948), en soutenant en temps réel qu’un sort semblable à celui de Deir Yassin les attendait et le fait qu’ils n’ont pas combattu, cela altère considérablement leur argument selon lequel ils constituaient une nation avant 1948. D’autre part, leur départ consécutif à Deir Yassin renforce le mythe fondateur de leur formation en peuple. Le professeur orientaliste Yehoshoua Porat a étudié comment les palestiniens sont devenus un peuple, en empêchant la concrétisation du projet sioniste sur la terre d’Israël. Le général et professeur Yehoshapat Harkabi, a soutenu que le sionisme a enclenché la formation du palestinisme dans un long processus dont le summum a été la Guerre d’Indépendance des Juifs et la Naqba des Arabes d’Eretz Israël.  Porat et Harkabi n’ont pas prit acte que le point culminant de ce processus n’a pas été la lutte des Arabes d’Israël contre le sionisme, mais un effet secondaire non-planifié de la lutte intestine entre la gauche sioniste et la droite sioniste. Grâce à la calomnie de Deir Yassin, les Arabes qui résidaient en Israël ont du droit à leur nation, mais ont perdu leurs terres et se sont condamnés à au moins des dizaines d’années de pauvreté dans les camps de réfugiés. De là, l’avènement sioniste accompagné de conflits entre les sionistes et eux-mêmes n’a pas menacé la nation palestinienne, mais l’a créée de toute pièce.

N.B. Les notes de bas de page sont du traducteur. MBH

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[1]Une anecdote rapportée dans le Talmud de Babylone (Traité Guittin), sur le conflit sans merci entre deux personnages, Kamtsa et Bar Kamtsa, illustrant la haine absolue à qui la cause morale de la  Destruction du Seconde Temple et de la chute de Jérusalem a été attribuée.

[2] Rabban Yohanan Ben Zakaï,  Président du Sanhédrin au temps de la Destruction du Second Temple.

[3] Meïr Païl (1926-2015) colonel et docteur: officier supérieur de Tsahal, historien militaire, puis membre de la Knesset et activiste d’extrême gauche. Membre des services de renseignement de la Haganah pour espionner les groupes combattants dissidents de la droite sioniste. Archétype même du commissaire politique sur le modèle du zampolit de l’Armée rouge. Il a accédé au grade de colonel et a été commandant de l’Académie de formation des officiers de Tsahal entre 1964 et 1966. A raccroché l’uniforme en 1971. Compte parmi les fondateurs du parti d’extrême gauche Chelly, ancêtre du parti Ratz, l’une des factions du parti Meretz d’aujourd’hui. Païl a été député à la Knesset pour le parti Chelly entre 1973 et 1980. Partisan farouche du retrait total d’Israël des terres libérées en 1967 lors de la Guerre des Six Jours. Son frère Oded Pilevsky a été le fondateur du groupe israélien antisioniste Matzpen.

[4]A contrario des armées régulières arabes d’Egypte, de Jordanie, de Syrie, d’Iraq, du Liban qui ont pénétré en Eretz Israël pour y anéantir la présence juive.

[5] Myri Reguev, membre du Likoud, ministre de la culture dans l’actuel Gouvernement Netanyahou, elle est partie en guerre contre les subventions d’Etat automatiquement accordées aux institutions culturelles contrôlées presque exclusivement par des milieux de gauche et d’extrême gauche antisionistes.

[6] Naphtali Bennett, Président du parti sioniste religieux Habayt hayéhoudi, Ministre de l’Education nationale du Gouvernement actuel entreprenant des réformes dans le système éducatif israélien.

[7] Yshouv: foyer national juif en Eretz Israël jusqu’en 1948

[8] Palmah, accrostiche des “compagnies de choc”, troupes d’élite de la Haganah fortement politisées et idéologisées par des cadres issus principalement des kibboutzim affiliés à la gauche sioniste collectiviste du Mapam et de l’Hashomer Hatzair.

[9] Israel Galili (1911 – 1986) s’engagea dans la Haganah en 1927; un des principaux lieutenants de Ben-Gourion pour la gestion des affaires de défense, notamment pendant la Guerre d’Indépendance. Ministre sans portefeuille dans divers Gouvernements israéliens de gauche, chargé d’affaires classifiées et discrètes liées à la sécurité nationale.

[10] Opération Nakhshon, la première offensive juive pour percer le blocus de Jérusalem pendant la Guerre d’Indépendance.

[11] Sha’ar Hagaï, littéralement la porte de la vallée, point stratégique sur l’axe Tel-Aviv/Jérusalem, début de l’ascension vers les montagnes de Jérusalem.

[12] Le Castel, ruine d’un château médiéval des croisés de l’ordre de St-Jean, point culminant sur la route de Jérusalem où aujourd’hui se trouve la petite ville de Mevasseret Tsion à un quart d’heure de la capitale. Sa situation topographique en a fait un des hauts lieux des affrontements sanglants de l’Opération Nakhshon.

[13]David Chaltiel (1903 – 1969) se joint à la Haganah en 1925. S’est engagé dans la Légion étrangère entre 1927 et 1932, y a combattu en Afrique du Nord et est sorti avec le grade de sergent. Son objectif était d’y acquérir une expérience militaire. Retourna à la Haganah en 1932 et en fut nommé le commandant du front de Jérusalem pendant la Guerre d’Indépendance.

[14] Mapam, accrostiche de Mifleget HaPoalim HaMeouhedet, le parti unifié des ouvriers, formation politique socialiste sioniste très à gauche et affiliée à Moscou. Résultat de la fusion en 1948 entre le mouvement Hashomer Hatzair (la Jeune Garde) et le mouvement du travail des prolétaires de Sion.  En 1992, Mapam fusionna avec le parti libéral de gauche Shinouï et avec le parti d’extrême gauche Ratz pour former le Parti Meretz, composante de la coalition du Gouvernement Rabin/Pérès qui signa les accords d’Oslo en 1993.

[15] Meïr Yeari (1897 – 1987) du kibboutz Merhavia, ascète, idéologue et tête pensante du Mapam, un des dirigeants du Hashomer Hatzaïr et du Kibboutz unifié

[16] Itzhak Tabenkin (1887 – 1971) du kibboutz Ein Harod dans la Vallée de Jézréel, idéologue de la gauche sioniste combattante, principal rival à Ben Gourion; Il fut parmi les dirigeants du Mapam jusqu’à qu’il s’en retire en claquant la porte lors de la scission en 1954 suite à la mort de Staline. A été l’un des pères fondateurs du Mouvement pour le Grand Israël qui a transcendé tous les clivages politique israéliens aux côtés d’ancien adversaires politiques comme le professeur Israël Eldad. Grand militant pour l’annexion et l’installation juive élargie dans les terres d’Israël libérées lors de la Guerre des Six Jours en 1967.

[17] Des traces très caractéristiques de l’influence bolchévique au sein du Mapam donnant des imitations du système de création de l’Armée rouge et de sa structure d’embrigadement des jeunes incorporés vus comme de la matière première à endoctriner par des officiers politiques.

[18] Hityashvout, action de peuplement juif en Eretz Israël.

[19] Al hamishmar, “sur la garde”, quotidien de la gauche paru en 1943 comme organe du Hashomer Hatzaïr dont le slogan était “Pour le sionisme, pour le socialisme et pour la fraternité des peuples”. Le 8 mai 1953, trois jours après la mort de Staline,  Al hamishmar  faisait paraitre en première page: “C’est un deuil lourd pour les pays du socialisme et dans le cœur de chaque personne éprise de paix dans l’univers tout entier. Le grand guide n’est plus. Sous sa houlette, la vieille Russie est devenue une grande puissance industrielle. Les pierres de fondation d’une société sans classe ont été posées. Les classes exploitantes ont été éliminées. L’offensive sanglante du fascisme a été repoussée. La transition vers le communisme a commencé. Le bastion de la paix et du socialisme dans le monde, l’Union soviétique, a été renforcé”. Shelly Yekhimovitch, l’actuelle numéro 2 du parti travailliste a fait ses premières armes comme journaliste dans Al Hamishmar. Lorsque les kibboutzim du mouvement du kibboutz unifié ont cessé l’abonnement automatique de leurs membres à ce quotidien, Al hamishmar mit la clé sous le paillasson en 1993.

[20] Mapaï, Mifleget Poalei Israël, le parti des ouvriers d’Israël, parti de la gauche sioniste combattante de Ben-Gourion, ancêtre du parti travailliste, courant central et principal de la politique sioniste jusqu’en 1977 et, mettant le sionisme en avant par rapport au socialisme et donnant naissance au pragmatisme sioniste de Ben Gourion autant méfiant à l’encontre des groupes combattants dissidents de la droite sioniste qu’envers la gauche du Mapam et du Hashomer Hatzaïr trop inféodés à Moscou à son goût.

[21] Shaï, accrostiche de Sheroutey yedioth, services de renseignement, division de la Haganah chargée de récolter des informations sur l’ennemi et sur les groupes combattants juif dissidents.

[22] Motké, diminutif du prénom Mordehaï

[23]Amos Kenan (1927 – 2009), écrivain, poète, sculpteur et publiciste israélien d’extrême gauche alors qu’il a été membre du Groupe Stern sous les ordres d’Itzhak Shamir, dont les combattants ensuite ont été identifiés avec l’extrême droite.

[24] Amos Kenan étant un activiste de l’extrême gauche, infirmer le massacre de Deir Yassin aurait altéré son combat violent contre la droite israélienne à qui le soit disant massacre de Deir Yassin a été attribué.

[25] La Histadrout, la Confédération, syndicat des travailleurs d’Eretz Israël puis centrale syndicale toute puissante dans l’économie israélienne par la suite. Son influence toutefois va diminuant ces 25 dernières années.

[26] Hasbara, littéralement information, action de contrecarrer les accusations et attaques dont fait l’objet l’Etat d’Israël de la part de la propagande de ses ennemis arabes et de ses détracteurs dans le monde.

[27] Meïr Païl a été le commandant de l’Académie de formation des officiers de Tsahal entre 1964 et 1966.