Jean-Pierre Lledo, un homme hors des sentiers battus

Par Jean-Pierre Lledo, source

A propos de l’Emission à France Culture avec Denis Charbit

Récemment, tandis que le Hamas envoyait sa 4000ième roquette sur la population israélienne, principalement du Sud, et qu’à l’intérieur d’Israël, un mouvement pogromiste savamment orchestré par les militants des partis arabes nationaliste, islamiste et communiste, tous unis par la sainte cause de la chasse au Juif aux cris de Itbah Yahoud ! (Egorgez le Juif !), Denis Charbit, historien des idées à l’université ouverte de Ra’anana, était interviewé à France Culture par la journaliste Julie Gacon.

Durant 10 minutes, pour le tandem Gacon – Charbit, en totale communion, le seul et vrai coupable n’était pas le Hamas en quête de leadership, ni le Fatah d’Abbas qui venait d’annuler les élections par crainte de les perdre, ni les partis de la Liste commune arabe d’Israël, lesquels ont au contraire encouragé les émeutes et les appels à tuer des Juifs, Non ! Le coupable c’était… l’Alliance Netanyahou – Ben Gvir, ce dernier cloué au pilori de “l’Extrême droite”.

Denis Charbit (à gauche) avec Michel Warchavski,  un virulent antisioniste soutenant le Hamas. Warchavski a été condamné à une peine de prison pour collusion avec une organisation terroriste en 1988

La journaliste ne fut jamais contredite par l’universitaire, pourtant rompu à l’art de l’équilibrisme cher à Jean Daniel. Et ce durant 10 minutes !!!

Alors que durant toutes les guerres passées, les Juifs israéliens ont toujours su taire leurs divergences politiques pour faire front face à l’ennemi, Charbit choisit de jeter en pâture son Premier Ministre (fonction qui en Israël équivaut à celle de Président de la République en France) à France Culture, mais aussi, me dit-on, dans plusieurs autres médias français.

En temps de guerre, une telle posture n’est-elle pas qualifiée de “trahison”

En temps de guerre, une telle posture n’est-elle pas qualifiée de “trahison” ? Surtout que son intervention venait au lendemain du scandaleux discours du premier ministre français Castex, décrié par tous les leaders de la communauté juive de France car il condamnait l’agressé, Israël, ce dont l’universitaire ne pipa mot. Ne dit-on pas Qui reste muet consent ?

Itamar Ben Gvir député de la Knesset pour le parti Otzma yehoudit

Cibler Netanyahou et Ben Gvir, comme s’ils étaient les responsables de cette guerre et de ces pogroms, est plus qu’un impair et plus qu’une faute. Car il ne s’agit plus de morale, mais de l’Etre même du Juif israélien. Les Juifs persécutés durant des millénaires ont-ils le droit d’être souverains dans cet endroit du globe ? Les Falestiniens dans leur immense majorité, de Gaza, de Judée Samarie, et d’Israël, tous représentants confondus, pensent que Non. Bien qu’il n’y ait jamais eu d’Etat falestinien arabe, mais par contre plusieurs Etats souverains hébreux (ce dont témoignent chaque jour les découvertes archéologiques), ils se disent les seuls légitimes, et la grande majorité continue de souhaiter et même d’appeler à la disparition d’Israël.

Voici quelques exemples entre mille. Ceux qui ont tenu ces propos sont, ou ont été, des Chefs de Partis et / ou des Députés de la Knesset:

Arafat “Abou Amar”

Ahmed Tibi (Ta’al), ex-conseiller d’Arafat durant 15 ans : “Arafat était un symbole national pour les Palestiniens. Il me manque énormément”. En avril 2009, il salua les propos de Mahmoud Abbas déclarant “ne jamais vouloir reconnaître Israël comme État juif”. “Vous êtes des cellules cancéreuses dont il faut se débarrasser !”, dit-il, applaudi à tout rompre, lors du Congrès du Fatah en 2009, en parlant des 300 000 Juifs de Judée Samarie.

Ayman Oudeh (Président du Khadach communiste et de la Liste arabe unie), plutôt que d’assister aux obsèques de Shimon Peres, préféra se recueillir devant le tombeau d’Arafat à Ramallah. En 2013 il fait l’éloge du Hezbollah et de son chef Hassan Nasrallah, qualifié de “Leader modèle de résistance face à l’occupation israélienne” ? Et plus récemment il déclare : “Je me suis rendu à Ramallah pour soutenir les efforts de réconciliation entre les organisations palestiniennes” (il s’agit du Fatah et du Hamas).

Hanin Zoabi (Balad) qui en 2010 avait participé à la flottille de Mavi Marmara organisée par des islamistes turcs, visant à briser le blocus maritime de Gaza-Hamas, traita Tsahal, en 2014, à la télévision israélienne, “d’armée d’assassins”. En 2016, elle appelle à poursuivre les personnels des Forces de l’Ordre israéliennes qui ont tué le terroriste arabe israélien Nashat Milhem, après qu’il ait ouvert le feu sur les troupes venues l’arrêter. Ce terroriste venait d’assassiner trois Juifs israéliens en tirant à la kalachnikov sur la foule en plein centre de Tel Aviv.

Youssef Jabarin (Khadach, responsable des relations extérieures de la Liste arabe) lors d’un Colloque organisé en Grande-Bretagne en juin 2019 par “Les Amis d’Al-Aqsa” (Association islamiste) qui traitait entre autres du “Combat contre Israël sur le plan international” , présente l’Etat d’Israël comme un “Etat raciste” et Tsahal comme une armée qui commet “des crimes de guerre”.

Hiba Yazbaq (Balad) qui avait fait l’éloge du tristement célèbre terroriste Samir Kuntar, lequel avait assassiné une fillette juive de quatre ans, Einat Haran, en lui fracassant le crâne avec la crosse de son fusil, tuant aussi son père et deux autres Israéliens.

Le député antisioniste Abou Shahadeh

Sami Abou Shahadeh, (président Balad) qui n’hésite pas à s’afficher vêtu d’un tee-shirt sur lequel figure la carte d’Israël de la Mer au Jourdain avec l’inscription “Palestine” et “Jaffa-Gaza même problème“, refuse d’appeler «terroristes» les assassins falestiniens de civils israéliens : Nous les appelons “Combattants de la liberté” ou “Prisonniers politiques”.

Jamal Zahalka (ex-président Balad) : “Balad fait partie du mouvement national palestinien”.

Zouheir Bahloul (Avoda, Parti travailliste, Juif pour l’essentiel) : “Israël n’est pas notre pays, les Arabes ont raison d’attaquer Tsahal”.

Ibtisam Mar’ana, député du parti Travailliste israélien

Ibtisam Mar’ana (Avoda) Pour elle, Shoah et Naqba sont équivalents. Elle ose dire publiquement qu’elle adore transgresser les minutes de silence lors des journées du Souvenir de la Shoah et des soldats de Tsahal.

D. Charbit et le journaliste Daniel Haik sur i24news

Denis Charbit n’a jamais écrit une ligne pour dénoncer ces hommes politiques arabes israéliens. Ses foudres, il les réserve à Ben Gvir, son obsession. Il appelle à le bâillonner, et les médias à le priver de parole ! Un intellectuel qui appelle à la censure ? Le totalitarisme de gauche vaudrait-il mieux que celui de droite ? Le modèle soviétique ne lui aurait donc rien appris ?

Au-delà, parfois, de ses excès de langage qu’on pourrait lui reprocher, Ben Gvir ne fait pourtant que rappeler qu’Israël, dès sa fondation en 1948 par Ben Gourion et ses compagnons, a été conçu comme l’Etat du peuple juif, le seul Etat du peuple juif, alors qu’il y a 22 Etats arabes et 57 musulmans.

L’Etat de trop pour tous les leaders arabes falestiniens

L’Etat de trop pour tous les leaders arabes falestiniens, qu’ils vivent en Israël ou en dehors. En vérité, ce qui est reproché à Ben Gvir c’est de dire les choses trop crûment : les Falestiniens n’ont qu’un objectif à long terme, à peine masqué, faire disparaître Israël, et en chasser les Juifs. Le dernier mouvement pogromiste, pouvant être considéré comme une répétition générale d’une future insurrection à l’intérieur d’Israël, ne disqualifie pas la pensée politique de Ben Gvir. Au contraire. Conséquent avec lui-même, il en tire la conclusion que ce qu’est devenu Israël, un état binational de fait, le mènera à sa perte, ou à une guerre civile qui sera très meurtrière pour les Arabes comme pour les Juifs. Afin d’éviter cela, il préconise que ceux des citoyens arabes qui ne supportent pas la souveraineté juive en Israël rejoignent leurs frères falestiniens. La solution du regroupement ethnique qui prévient les guerres ethniques et religieuses, déjà pratiquée dans de nombreux endroits du monde, et qui pourrait être la solution la plus pacifique en attendant les jours messianiques quand le loup et le mouton paîtront ensemble, Pourquoi serait-ce une solution “d’Extrême droite” ?

Le député de Otzma yehoudit, Itamar Ben Gvir, lors de l’enterrement de la victime du lynchage, Ygal Yehoshoua Hy’d

Quand on ne peut plus vivre ensemble, Ne divorce-t-on pas ? N’est-ce pas mieux que de s’entretuer ? En 1976, ne s’était-il pas déjà produit à peu près le même scénario ? Voici ce qu’en dit le quotidien Maariv : ” C’était terrible, un tel grabuge, on n’en avait pas vu depuis 1948. Tout Juif qui passait était candidat à se faire assassiner. Je les ai vus avec cette avidité de meurtre brûlante dans leurs yeux, avec des slogans comme “Itbah al yahoud” (Mort aux Juifs), très modéré par rapport à ce qu’on pouvait y entendre. De partout, on entendait des appels à l’éradication d’Israël, à l’extermination des Juifs, au Djihad. Il est difficile de croire qu’un tel spectacle ait pu se dérouler dans l’Etat d’Israël de 1976. “

Car la coexistence entre Juifs et Arabes en cet endroit du globe a toujours été mise à mal par des musulmans, et ce même après la renaissance d’Israël.

En 1980 à Oum-El-Fahm des Arabes n’attaquèrent-ils pas une équipe de footballeurs juifs, haine dans les yeux et barres de fer dans les mains, et ce toujours aux mêmes cris de “Mort aux Juifs “. En juillet 1982, des centaines d’Arabes israéliens à Kfar Taybeh n’hurlaient-ils pas, comme aujourd’hui : “Sionistes dehors, la Palestine est à nous” ou encore : “Par le feu et par le sang, nous te libèrerons Palestine”, ou encore “les katyouchas tomberont encore sur Kiryat Shmona “.

Aujourd’hui les missiles sophistiqués ont remplacé les orgues de Staline.

Et puis, côté Députés, Rien n’a changé non plus. Israël est le seul Etat au monde qui admet des discours négationnistes au sein même de son Assemblée nationale !

Durant la Guerre de Kippour en 1973, et alors que l’armée égyptienne entrait en Israël, Toufiq Ziad ne rédigea-t-il pas un chant de gloire aux tanks égyptiens ? En novembre 1984, Mohamad Miari n’appela-t-il pas déjà à effectuer des changements dans l’hymne national et dans les symboles nationaux juifs, ajoutant une année plus tard au sein même de la Knesset : “l’Etat d’Israël n’est pas l’Etat du peuple juif”.

Tout cela,  l’Historien des Idées l’ignorerait-il ?

En famille, le député de la Knesset, Itamar Ben Gvir du parti Otzma yehoudit

Plutôt donc que de contextualiser la pensée politique de Ben Gvir, ou de se demander si la radicalité de sa pensée, qui n’a pas les arrondis de l’expression dont l’universitaire a le secret, ne pourrait trouver sa source dans le fait que sa famille venue d’Irak fut, à l’instar de la communauté juive de Bagdad, la cible en 1941 d’un très meurtrier pogrom appelé «Farhoud», et ce à l’initiative de l’autre chef néo-nazi qui se retrouvera à Berlin, Rachid Ali, ou encore dans l’expulsion des Juifs d’Irak et du reste du monde arabe (près d’un million !), Non, Charbit préfère le diaboliser en lui apposant l’étiquette “d’Extrême droite” qui en Europe équivaut au “néo-nazisme.”

Qui est fidèle à la pensée sioniste de Ben Gourion, lequel avait refusé toutes les solutions qui ne garantissaient pas aux Juifs un Etat où ils seraient entièrement souverains et pour lequel près de 30 000 Juifs ont déjà donné leurs vies ? Charbit, qui n’ose pas dire franchement qu’il aimerait y mettre fin pour le remplacer par “l’Etat de tous ses citoyens” , slogan cher aux leaders falestiniens d’Israël qui vise à en effacer l’identité juive ? Ou bien Ben Gvir, qui pêche au contraire par une trop grande franchise ?

Ben Gvir serait donc un néo-nazi ou, – c’est plus à la mode- , un “suprémaciste”, pour puiser dans le vocabulaire de Soral et désormais de Charbit aussi ? Mais pas Tibi, Oudeh, Zoabi et tous les précités qui appellent directement ou indirectement à la disparition d’Israël et qui se réclament toujours de Hadj Amin el Husseini qui trôna à Berlin aux côtés d’Hitler durant toute la guerre, icône intouchable de tous les dirigeants falestiniens et arabes israéliens actuels, et dont Arafat et la représentante falestinienne auprès du Parlement européen, Leila Chahid, se sont dit fiers d’être de sa famille ?

Emeute pro Hamas à Montréal

“Suprémaciste”, Ben Gvir ? Mais pas tous les pogromistes musulmans du Canada et des USA qui viennent de se défouler, l’exemple étant contagieux comme on le sait, et que même Biden vient de condamner ?

Ben Gvir, mais pas le cofondateur du Hamas, Mahmoud alZahar, qui vient juste de déclarer tranquillement, hier lundi 23 mai, à un journaliste anglais qu’”Israël n’avait pas le droit d’exister”, reconnaissant par ailleurs que le Hamas avait délibérément ciblé les populations israéliennes des zones civiles densément peuplées ?

Une accusation indigne de la part d’un universitaire israélien

N’est-ce pas une accusation indigne de la part d’un universitaire israélien ? D’autant plus qu’il pourrait être lui aussi accusé de complicité avec des criminels et des pogromistes.

N’est-il pas temps que Denis Charbit interroge l’idéologie qui l’a mené là ? Car c’est la même que celle de la gauche française durant la guerre d’Algérie, aveugle au fait que “le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes” brandi par le FLN masquait deux choses : le djihad et l’épuration ethnique, ses véritables motivations. Cette gauche française dont le maître à penser fut l’existentialiste non-résistant Jean-Paul Sartre (certains disent «collabo») qui se permit d’écrire ceci dans sa préface aux “Damnés de la terre» de Frantz Fanon : « …. Car en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre “

Né en Algérie, mais parti trop jeune pour avoir connu et compris les enjeux de la guerre d’Algérie, Denis Charbit avait vu en 2008 lors du Festival international de Jérusalem mon film “Algérie, histoires à ne pas dire“, et m’avait dit l’avoir très apprécié.

Mais je ne vois pas qu’il en ait tiré profit pour analyser la société arabe falestinienne. Pourtant, les analogies sont légion, à commencer par la haine antijuive et par le “Itbah Yahoud” (Egorgez les Juifs), par le double discours (en arabe, islamiste, et en français ou anglais, universaliste), et par le terrorisme contre les civils non-musulmans qui, en Algérie, eut pour effet l’un des plus grands déplacements de population de l’histoire du 20ème siècle (ce vrai “crime contre l’humanité” dont le Président Macron n’a apparemment pas encore pris conscience).

Ce film sortira en Israel au mois d’Octobre

A Denis Charbit qui fait feu de tout bois en ce moment, j’aimerais demander : l’universitaire aurait-il été chassé par le militant (J Call ? Shalom Akhchav ? Meretz ?) ?

Et si la “gauche” dont il se réclame peut faire encore illusion à cause de sa surreprésentation dans les médias et les universités, continuait dans cette voie de la stigmatisation de la grande majorité du peuple israélien (70% des Israéliens ont voté à droite lors des dernières élections et plus de 72% voulaient que Tsahal en finisse totalement avec le Hamas), je ne lui donne pas beaucoup d’années pour disparaître définitivement de la Knesset, avec le chant d’adieu : C’est la chute finale….

© Jean-Pierre Lledo

Cinéaste. Essayiste

Post-scriptum

Denis, n’hésite pas, je serais aussi très fier de figurer dans ta prochaine liste de “Suprémacistes”. Car je n’ai pas rejoint le pays des ancêtres de ma mère pour m’en faire déloger une nouvelle fois. A bon entendeur Shalom !