Un ami, ancien collaborateur de grands médias français, est très choqué par les propos et prises de position du ministre Itamar Ben Gvir.
Cherchant à défendre dans les coulisses l’image d’Israël tout en étant très critique à l’encontre du Gouvernement actuel. Au lieu de céder comme beaucoup à la passion et à l’injure, il a préféré dialoguer. Je lui en rends hommage.
Ainsi cet ami s’est adressé à moi :
“Boker tov Meïr. Je peux me permettre une question ? Est-ce que ton chef de parti est conscient de l’effet épouvantable de ses déclarations incendiaires ? Je sais qu’on est (encore) en période électorale et qu’il faut qu’il montre qu’il existe, mais entre la bouteille de champagne à la Knesset, brûler le Liban et faire pleurer 1000 mères libanaises … il ne pourrait pas envisager de se taire au lieu de rajouter du feu au feu ? Quel est son objectif quand il fait ça ? Montrer quoi ? Que nous sommes nous aussi des barbares comme nos ennemis ? Si c’est ce qu’il veut démontrer, il est en train de réussir. Et les conséquences sont dévastatrices pour nous tous. Je pense que tu comprends parfaitement ce que je te dis.”
Ma réponse:
Très cher ami, tout d’abord, ta perplexité et ton inquiétude aux propos du ministre Itamar Ben Gvir, je les entends. Il faut replacer cette déclaration jugée hâtivement comme “irresponsable” dans son contexte et faire de l’Histoire avec un grand “H”.
Au préalable, cette déclaration de Ben Gvir a rencontré un écho favorable au sein de la population israélienne et en particulier chez les combattants de Tsahal sur le terrain. Et c’est à ces derniers et à leurs familles que nous nous adressons et accordons le plus d’attention et d’égards.
Itamar Ben Gvir a tenu ce propos suite à la quasi abdication américaine sur le dossier iranien. Dans une volte-face sans précédent, le président américain nous a en quelque sorte tourné le dos et exige que les forces israéliennes n’engagent plus d’attaques contre le Hezbollah. Cela n’échappe pas aux terroristes chiites libanais. Profitant de cette accalmie, ils ont renouvelé leurs attaques sur les militaires de Tsahal. Jeudi 18 juin, on nous annonce que cinq combattants de Tsahal sont tombés consécutivement à cet arrêt de facto des opérations israéliennes. Le pays était plongé dans le deuil.
Jusque-là, les opérations de Tsahal avaient laminé le Hezbollah et ce quasi cessez-le-feu le fait revivre. Alors qu’on parle de démanteler totalement le Hezbollah. Cette résolution adoptée par les négociateurs libanais et par les Américains, elle ne fait que s’éloigner aujourd’hui et risque de rester lettre morte comme la Résolution 1701 de l’ONU de 2006. Non seulement les engagements internationaux à démanteler le Hezbollah n’ont jamais été honorés dans le passé, mais ils ont renforcé ses positions et celles de l’Iran à notre porte.
De surcroit, le flou et l’attentisme dans la poursuite des opérations consécutives au diktat américain révoltent nos jeunes actuellement mobilisés au Liban. Un peu comme nous en 1982 : les succès militaires obtenus avec le sang de nos copains ont été gâchés lorsque le Gouvernement Begin a obtempéré au diktat de l’Administration Reagan à cette époque. C’est ce qui a sauvé les forces d’Arafat et permis au Hezbollah de s’implanter dans ce pays. T’en souviens-tu ?
Arafat, on l’a retrouvé ici à dix minutes de Jérusalem, à Ramallah, avec la plus vaste vague de terrorisme. Parallèlement, l’Iran s’est implanté à dix centimètres des habitations israéliennes à la frontière Nord. Voilà où les cessez-le-feu et les résolutions internationales menées ou accompagnées par Washington ces 40 dernières années nous ont menées. C’est la conjoncture dans laquelle le propos de Ben Gvir a été prononcé.
Cet impératif que le nombre de victimes chez l’ennemi doit être disproportionné, c’était la doctrine militaire sioniste jusqu’à il n’y a pas si longtemps. Disons jusqu’au début des années 80 avant la contamination par le post-sionisme.
Déjà Jabotinsky en 1923 exposait la doctrine militaire à adopter par le futur Etat juif. Son diagnostic établissait le constat que les populations arabes, “foncièrement hostiles”, comme le dira De Gaulle en novembre 1967, n’accepteront jamais la souveraineté juive sur la terre d’Israël. Inéluctablement, elles engageraient des attaques atroces contre les Juifs. La seule réponse : le “mur de fer”, une force juive en mesure de les dissuader – en mesure de leur faire payer le prix fort pour chaque Juif tué, le principe même de la disproportionnalité. Un dicton populaire en Israël disait : “si, ne serait-ce qu’un seul cheveu d’un enfant juif tombe, on met le Moyen-Orient à feu et à sang.” On était bien loin de cet état d’esprit le 6 octobre 2023. C’était cela le message, faire bien comprendre qu’il n’est pas recommandé de faire couler du sang juif. Mais comment le traduire sur le terrain ?

Shiri Bibas épouvantée au moment d’être capturée avec ses enfants Kfir et Ariel, que Dieu venge leur sang
En dépit de son opposition féroce et radicale à la personne de Jabotinsky, celui qui a mis en œuvre cette doctrine du mur de fer sans l’avouer ne fut autre que le père fondateur du mouvement sioniste ouvrier, David Ben Gourion. Le grand historien israélien Ouri Milstein démontrant cela s’est attiré les foudres de la gauche israélienne à l’ère post-sioniste dominée par Haaretz le quotidien antisémite en hébreu.

A gauche Meir Har Tsion, le combattant légendaire de la 101, l’unité qui a enclenché la révolution militaire qui a sauvé Israel
La création de Tsahal, la doctrine militaire adoptée, les actions de représailles dans les années 50 et 60 par les légendaires combattants de la force 101, puis dans les parachutistes et ensuite infusant toutes les unités combattantes de Tsahal, c’est cela. Moshé Dayan formé dans sa jeunesse aux actions de vengeance sans merci par l’officier britannique Orde Wingate fut choisi pour la superviser. Un jeune bouillant officier de 25 ans, Arik Sharon en fut préposé et toujours selon l’historien Ouri Milstein, a été le seul personnage à avoir enclenché cette révolution combattive qui changera Tsahal et toute l’histoire moderne du peuple juif : faire payer l’agresseur arabe au centuple.
Au préalable, parmi ces déclarations jugées intempestives par Itamar Ben Gvir, il y en a une en particulier qui en temps réel avait également été qualifiée d’irresponsable.
Au mois de mai 2023 lors de l’opération “Flèche et arc” d’éliminations des chefs du Djihad islamique dans la Bande de Gaza. Itamar BEN GVIR estimait que le distinguo entre le Djihad islamique et le Hamas, soi-disant revenu à de meilleures dispositions, n’avait pas lieu d’être. Or l’establishment de la défense (Tsahal, Shabak et Mossad) s’est levé comme un seul homme contre les propositions d’Itamar Ben Gvir, les qualifiant d’aventurières et d’irresponsables. Dans la communauté de la défense nationale, on estimait que le Hamas était dissuadé pour les cinq années à venir et ne s’aventurerait pas dans une offensive sérieuse.
Heureusement que dans son domaine, la sécurité interne, Itamar Ben Gvir s’est démené jour et nuit pour prévenir, réarmer et multiplier les groupes d’intervention civile et renforcer la police qui était en déconfiture, ce qui a permis que cette razzia abominable ne fasse pas tache d’huile dans le secteur arabe israélien en Galilée, dans le Néguev et à Jérusalem où les forces djihadistes et les armes de guerre illégales pullulent.
Aujourd’hui, tout un chacun se fait le grand expert sur les responsabilités du 07/10 sans se regarder dans la glace, sans faire l’examen de ce qu’il déclarait avant cette date fatidique. Or le seul, l’unique, qui a appelé publiquement et officiellement bien avant cette date à démanteler totalement le Hamas, c’était Itamar Ben Gvir.
Si déjà, on se montre sourcilleux sur ses attitudes et déclarations, qu’on ait l’honnêteté intellectuelle à postériori de lui rendre hommage pour ses propos et prises de position sages et prémonitoires.
Et pourtant, nombreuses sont les personnes succombant à l’hystérie dès que le nom d’Itamar Ben Gvir est évoqué. Par exemple A. Finkielkraut en fait de véritables crises d’apoplexie à chacune de ses apparitions dans les médias. Récemment dans un accès de fièvre, Raphael Jérusalmy sur Radio j (avec un “j” minuscule) affirmait qu’il fallait “déchoir le ministre de la sécurité interne de la citoyenneté israélienne et l’extrader” (?!) Sur d’autres médias juifs comme radio RCj, Akadem et même sur Mosaïque, évoquer la personne de Ben Gvir a suscité des réactions relevant de pathologie similaire. Au passage, toute tentative de notre part de répondre à ces médias, d’échanger de façon rationnelle, se sont soldées par des fins de non-recevoir. Ce type d’attitudes étant plus du ressort de la lâcheté, parfois de la psychiatrie, que du débat d’opinions.

David Ben Gourin avec Arik Sharon à sa droite et Haim Bar Lev à sa gauche lors d’une visite sur le Front Sud pendant la Guerre de Kippour
Dans la guerre contre le Hezbollah, quand Itamar Ben Gvir affirme qu’il vaut mieux que mille mères libanaises pleurent leurs fils plutôt qu’une mère israélienne pleure le sien, il renoue avec les fondamentaux transcendant tous les clivages et rivalités au sein du mouvement sioniste depuis Jabotinsky, David Ben Gourion les compagnies de la nuit d’Orde Wingate, Hashomer, la Haganah, le Lehi, l’Irgoun, le Palmah, puis Tsahal.
Jusqu’à ce que la regrettable “conceptsia” devienne la superstructure idéologique dominante dans la communauté de la défense où il faut se délester des valeurs de l’assaut, amortir les offensives de l’ennemi plutôt que le vaincre à plate couture, ne pas rechercher la victoire totale, tenter de trouver des modus vivendi permettant de gérer ce cancer. Le 07/10 a été un réveil douloureux.
De facto, le propos de Ben Gvir s’inscrivant dans l’histoire militaire longue d’Israël, c’est le recyclage de la doctrine hébraïque de combat depuis la Bible. Notre Patriarche Abraham dont le neveu Loth fut pris en otage, avec seulement 318 hommes, il écrasa les quatre rois du Nord (Genèse, chapitre 14). Simon et Lévy, vengeant le viol de leur Dina leur sœur en tuant tous les hommes de Sichem, et leur père Jacob se joignant à eux dans cette tuerie (Genèse, chapitre 34). Alors que les Philistins maltraitaient les Enfants d’Israël, le Juge Samson tuant mille d’entre eux avec une mâchoire d’âne. Samson, aurait-il entendu à la télé Itamar Ben Gvir prôner que mille mamans philistines pleurent leurs fils plutôt qu’une mère d’Israël pleure le sien ?
Alors que les Moabites avaient assassiné son père, sa mère et ses frères, devenu Roi d’Israël, David les défait et les fait exécuter (Samuel II, chapitre 8): ” Puis il vainquit les Moabites et les mesura au cordeau, les faisant coucher par terre et destinant deux lots à la mort, un lot à la vie sauve“
Et ainsi de suite avec les Rois d’Israël et les Rois de Juda et jusqu’aux Hasmonéens taillant en pièces les armées des Séleucides.
Lors du vote du projet de loi sur la peine de mort pour les terroristes, 61 députés contre seulement 38 ont voté pour. Cette majorité absolue à la Knesset de surcroit en phase avec les sondages de ces quinze dernières indiquant que 70% du public israélien y est favorable. Itamar Ben Gvir a sabré le champagne avec d’autres élus de la coalition. Pourquoi se sont-ils réjouis ? Que fait-on à Pourim si ce n’est se réjouir pieusement en buvant jusqu’à ébriété de la chute des antisémites de l’époque qui planifiaient d’exterminer le peuple juif dans l’Empire perse.
Cédant à cette panique que des Juifs puissent condamner à mort les terroristes atroces du djihad, certains ont réagi dans un salmigondis de pseudo piété. Pour ne pas les nommer, des Nathan Devers ou Ruben Honigman à l’antenne de RCj (aussi avec un “j” minuscule) surjouant la consternation les confinant à la calomnie la plus basse sur la personne d’une membre du cabinet restreint de la défense: “depuis quand exulte-t-on pour une condamnation à mort ? Comment peut-on lancer “leHaïm”, à la vie, quand on condamne à mort ?! Ontologiquement, cette attitude ne serait “pas juive” comme le rabâche ad nauseam Finkielkraut “. Si déjà on évoque Fink, quelle “défaite de la pensée” que de s’abstenir à réfléchir aux conséquences tragiques de la non condamnation à mort de terroristes.
Justement, par cette législation, on célèbre les vies israéliennes qui seront ainsi épargnées. Trinquer “leHaïm” dans cette circonstance prend toute sa signification. Enfin nous sommes désaliénés de ce principe voulant qu’on laisse en vie des assassins abominables pour qui mettre à mort des Juifs dans un summum de cruauté est le nec plus ultra de la fidélité à l’islam.
Yihia Sinwar, Mohamed Def, Ismael Haniyeh, le Cheikh Ahmed Yassine et des légions de terroristes détenus dans les prisons israéliennes ont été libérés pour les échanger contre des otages, notamment lors de la transaction Shalit en 2011. S’ils avaient été condamnés à mort, ce sont des centaines de vies israéliennes qui auraient été sauvées. Et il n’est pas interdit de penser que les terroristes actuels très bientôt condamnés à mort éviteront à bien des Juifs de connaitre le sort abominable du 07/10. C’est cela que l’on fête et qui mérite d’être fêté selon tout critère d’éthique juive.
C’est le propos et l’attitude de notre famille politique dépassant bien le cadre de nos électeurs. C’est ce qui fait qu’Otzma yehoudit, un parti qui n’a pas franchi le seuil d’éligibilité entre 2013 et 2021 désormais est l’une des formations les plus populaires dans la droite israélienne avec des sondages d’intentions de vote prévoyant entre 8 et 10 sièges à la prochaine Knesset. Dans le contexte israélien de multiplication de partis politiques, c’est une réussite inestimable.
Si cela est dissonant dans l’acoustique viciée du contexte français et vous met en porte-à-faux, à vous d’argumenter si toutefois on vous laisse vous exprimer. Ou alors, encore mieux, de quitter ce bateau qui prend l’eau de toute part.
Amitiés
Meïr Ben Hayoun, représentant francophone du parti Otzma yehoudit





